Entrer dans un temple et prier – Mais pourquoi diable ?

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J’ai pour la première fois, hier matin, fait une chose inconcevable. De moi même, je suis entré dans le temple de ma petite rue taiwanaise, ai allumé trois bâtons d’encens, et les ai disposés en face de chaque dieu.
En d’autres termes, j’ai prié. Et le pire dans tout ça ? Je n’ai rien demandé, ni aide ni service, à la dizaine de statues qui peuplaient l’autel – je tenais seulement à les saluer, aussi étrange que cela puisse paraître.

Rigoureusement athé lors de mon arrivée sur l’île, il y a de cela cinq ans, je ne m’étais presque jamais aventuré dans un temple. La curiosité m’avait souvent tenté, c’est vrai, de rentrer dans l’un de ces nombreux bâtiments pour en voir l’intérieur – mais toujours quelque chose avait freiné mes pas.
C’était une sensation bizarre. Sans même vraiment regarder ces alcôves mystérieuses, je les voyais comme emplies de brouillard ; et l’intimidante impression d’y être étranger m’en tenait éloigné.

Je réalise à quel point, posant aujourd’hui des mots sur ces ressentis, ces derniers constituaient déjà une lézarde dans un athéisme féroce, rendu aveugle par ma méfiance envers le christianisme.

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Ce sont les rencontres et les nécessités qui nous forgent ; et si j’avais à nommer un point où mon paradigme de vie s’est trouvé renversé, j’opterais pour l’histoire que me raconta un ami quelques mois plus tôt.

C’était à propos du bouddhisme et du taoïsme, les deux piliers spirituels de Taïwan, et de leur rapport à « l’autre monde ». Il est d’usage de penser que le taoïsme, avec sa cohorte de mediums et de chamans, fait preuve d’une approche plus décomplexée comparé au très austère « si tu vois le bouddha, tue-le » des enseignements bouddhistes. Mais mon ami m’expliquait que, malgré ces apparences abruptes, le lien avec la face spirituelle du monde était loin d’être coupé. Mais, plus que les enjeux théologiques de la discussion, ce qui m’importe ici est l’exemple qu’il me donna.
Le septième mois lunaire, à Taïwan, est appelé le mois des fantômes, et l’on y accomplit d’ordinaire, devant chaque immeuble, une cérémonie en l’honneur des esprits et des ancêtres qui y sont rattachés. Durant l’une d’elles, une connaissance de mon ami senti une pointe d’angoisse ou peut-être de tristesse : sa mère disparue était-elle vraiment là, parmi les vivants, à profiter des prières et des offrandes ? Tout cela était pour elle, mais n’était-ce pas en vain ?
Un moine bouddhiste assistait avec elle aux prières, et elle lui fit part de son inquiétude. En guise de réponse, le moine retira son écharpe, murmura quelques mots, puis lui mit à quelques centimètres des yeux.
Et à travers l’étoffe elle vit, et retrouva la paix.

Bien sûr, tout cela n’est qu’un récit. Le témoignage de l’amie d’un ami, que je relaie en tant que tel. Mais plus que les faits relatés, auxquels chacun, en l’état, demeure libre de croire ou non, c’est l’émotion que me laissa cette histoire qui bouleversa ma vie.
Je ne suis pourtant pas du genre à vouloir voir ou appeler les personnes disparues. Mais le geste du moine et le soulagement de cette femme – que je ne peux à vrai dire qu’imaginer – m’ont étrangement touchés. Et de cette émotion, une curieuse conviction s’est fait jour en moi :
S’il existe vraiment autre chose, si ce ne sont pas que des mythes et des contes, alors il faut y aller pleinement.

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Tout cela, bien sûr, aurait pu ne jamais dépasser l’hypothétique stade du si ; Mais les rencontres et les nécessités, toujours elles, en décidèrent autrement.
Que ce soit à cause du climat taïwanais, de la pollution chinoise, ou simplement de ses gènes, ma fille souffre d’une forte allergie. Et là où d’autres parents s’appuieraient de tous leurs espoirs sur les traitements médicaux – allopathiques ou homéopathique, j’ai fait le choix du magnétisme. Avec résolution.
Cela ne veut bien sûr pas dire que les médecins se trouvent écartés, loin s’en faut – mais face aux crises quotidiennes, j’ai décidé de pouvoir faire autre chose que de seulement préparer les produits des docteurs.
Le temps du bilan viendra dans un autre texte ; disons seulement aujourd’hui qu’à travers mes victoires et mes défaites magnétiques, j’eus la surprise de découvrir un monde que je ne soupçonnais pas.
J’ignore encore s’il s’agit d’un sixième sens, ou seulement d’une amplification du toucher. Mais je sais qu’aujourd’hui, au quotidien, je sens les vibrations du monde. La matière, les corps, les courants électriques… tout rayonne d’une certaine force, que chercher à aider ma fille m’a fait découvrir.

Tout, y compris les temples.

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Et donc nous y sommes. Ce n’est pas par croyance que je me rends dans un temple – on ne crois pas quelque chose que l’on vit tous les jours, que l’on sent physiquement sur sa peau de façon quotidienne.
Je me rends dans un temple en voisin, pour saluer les dieux qui s’y trouvent, et ne pas oublier cette prise de conscience : nous voguons tous, quoi que nous soyons, dans la même spirale d’énergie.

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1 Commentaire

  1. Comme quoi la vie et ses méandres nous font accoster sur des rivages qui sortent parfois de notre ordinaire et qui nous éloignent de nos certitudes ou de nos convictions.
    Prends bien garde à toi durant ces « explorations »
    AL1.

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