Taïwan : La collecte des poubelles, un choc culturel quotidien

Un camion-poubelle mignon

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Qu’est-ce qui définit un pays ? Qu’est-ce qui le marque comme unique et le distingue des autres ? Certains diront la langue, d’autres la religion, et tous les noteront comme représentant une part de cette culture intangible, celle qu’on invoque à tout va contre Hollywood et le Mac’do.

Soit. Ce n’est sûrement pas faux.

Une procession passe devant un 7eleven à Danshui

(Presque) tout Taïwan en une photo

 

Toutefois, vivant à Taïwan depuis quelques années, ce ne sont pas ces différences qui m’ont interrogé. Et, de façon très étrange, la chose qui pour moi restera liée à ma vie taïwanaise est un rite quotidien : la sortie des poubelles ! Cela n’a certes pas le faste et l’élégance des différents festivals de la culture chinoise, mais la petite musique des camions jaunes rythme l’existence  au quotidien avec la même puissance – et peut-être aussi la même effervescence.

Dans toute la ville, au hasard des rues, quelque soit l’heure du jour, il n’est pas rare en effet d’entendre une entêtante mélodie – pareille à celle d’une marchande de glaces qui sillonnerait la ville.

Mais une fois sur les lieux… une farandole de camions, roulant au pas, se voit assaillie par les habitants et par leurs sacs poubelles.

Cette embuscade quotidienne, ponctuelle, structure les habitudes de chaque jour. Quelques minutes avant l’heure prévue, les rues visitées prennent vie. Elles se gorgent d’âmes.

Leur épais silence se peuple doucement, et l’espace devant les portes, habituellement dévolu aux scooters à l’arrêt, accueille les résidents. Un par un, les voilà qui sortent, arborant tongues et vestes d’intérieur, et posant à leurs pieds de gros sacs plastiques roses.
Les notes des camions-bennes flottent dans l’air, elles sont encore lointaines – mais une première récolte les précèdent bien souvent. Trop souvent. Des vieux et des vieilles, glaneuses urbanisées, amassent les bouteilles, les cartons… et le tri sélectif, valeur verte, prend des couleurs sociales.
Puis vient un sonneur de cloche : ultime signal pour les retardataires. Quelques instants plus tard, la cohorte officielle s’engage dans la ruelle, et débute la procession.

Chacun son tour, chaque citoyen jette ses déchets, dans le sac rose consacré, au coeur de la première benne. Puis les déchets organiques, dans les seaux à composte de la seconde. Et puis enfin, certains jours, vient un troisième camion, qui emporte après contrôle les déchets recyclables restants – ceux qui ont échappé aux glaneurs.

Chaque fois qu’il m’est donné de plonger, sac rose au poing, dans cette réalité, j’éprouve un étrange sentiment de satisfaction. Celui d’accomplir un rituel social, un devoir citoyen, qui me masque un instant mon image d’étranger.

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